UCI Road World Championships – Yorkshire 2019 🇬🇧

Cette année, les championnats du monde font étape dans le Yorkshire, au Royaume-Uni. D’un championnat d’une longueur plutôt inédite (284kms), la météo a changé la donne. Ce sont désormais 265kms avec un dénivelé moins important.

UCI Yorskhire 2019

Déroulement de la course

C’est une longue journée qui attend les coureurs au départ de Leeds, ville-départ d’une étape du Tour de France en 2014. Le parcours a été modifié et c’est une surtout une très longue attente jusqu’au circuit final…

L’inévitable échappée de no-names devrait partir dans la première « côte » de la journée, The Cray. 6.6 kilomètres à… 1.3%. Un long faux-plat donc où on laissera filer les braves. Ensuite, c’est une longue course d’attente qui va se mettre en place. Aucune offensive ne devrait être lancée avant le circuit final. Cela fait un peu long pour une parade…

Yorkshire 2019
Un circuit technique à Harrogate

Les choses sérieuses commencent enfin lors de l’entrée du peloton à Harrogate. Il faudra se coltiner un circuit technique de 14 kilomètres 9 fois au coeur du Yorkshire.

Otley Road

Les jambes vont être testées d’entrée avec la petite côte sur Otley Road. 1.6kms à 3.4%, rien de bien sérieux. S’en suit une succession de routes en descente, un point qui aura son importance dans le dernier tour pour bien se placer.

Harlow Moor

Il faut prendre Penny Pot Lane, une pente bien connue des locaux, avec des passages avec plus de 6%, avant de continuer sur Cornwall Road, là aussi encore plus pentue pour finir sur Harlow Moor Road. Pour un total d’un peu plus d’un kilomètre à presque 6% de moyenne.

La suite du parcours est une succession de virages mélangeant petite descente et léger replat. Juste avant de prendre Parliament Street il faudra tourner pleine balle pour prendre du 6% dans le dernier kilomètre. Dans les derniers 200m, on revient sur un replat. Il faudra donc bien timer son sprint !

Tactique

Si les attaques matinales devraient être lancées très tôt depuis Leeds, la course va être relativement calme jusqu’à l’entrée du circuit à Harrogate. Comme chaque année, c’est aux équipes de 8 coureurs de contrôler la course.

Pour certains, attendre, c’est se condamner. Les coureurs n’ayant que très peu de chances en cas de sprint (même à deux ou trois) et se sentant très forts, sortiront après quelques tours de circuit, histoire de prendre le temps de repérer le moment idéal.
Ces attaques devraient se faire après 2 ou 3 tours. C’est la Belgique qui devra jouer le plus finement en envoyant un ou plusieurs coureurs à l’avant : Remco Evenepoel ou Tim Wellens sont tout désignés. Pour les autres grosses écuries, il faudra suivre Simon Clarke (Australie), Kasper Asgreen et/ou Michael Valgren (Danemark), Rémi Cavagna et/ou Benoit Cosnefroy (France), Nils Politt (Allemagne), Davide Ballerini (Italie), Dylan Van Baarle (Pays-Bas), Matej Mohoric (Slovénie), Ivan Garcia Cortina (Espagne) et Alexey Lutsenko (Kazakhstan), les plus à même d’anticiper.

Les favoris devront s’armer de patience, et faire rouler leurs équipiers, tout en conservant un ou deux jokers.
Dans les trois derniers tours, la course va franchement s’emballer et les « seconds » devraient tenter leur chance afin de forcer les leaders à faire la course. Les équipes denses comme la Belgique (Oliver Naesen), l’Italie (Alberto Bettiol) et les Pays-Bas (Mike Teunissen) vont sortir leurs coureurs.
A partir de ce moment là, il faudra être tactiquement intelligent ! Le dernier tour va voir les attaques de Philippe Gilbert ou Julian Alaphilippe, qui ne peuvent pas compter sur le sprint final ! Mathieu Van der Poel, archi-favori, devra s’armer de patience. La présence de Mike Teunissen à l’avant sera donc primordiale. Il aura en adversaire Sam Bennett, Michael Matthews, Greg Van Avermaet, Matteo Trentin et Peter Sagan.

Une météo capricieuse

On l’a vu durant les épreuves chronométrées, la météo dans le Yorkshire aura un fort impact sur la course. Le parcours a déjà été raboté et réduit de 20 kilomètres. L’ajout de deux tours de circuit change les tactiques, et c’est désormais une course plus rapide à laquelle nous devrions assister.

Il va pleuvoir pendant toute la durée de ce championnat du monde ! La température ne devrait également pas être très élevée, avec moins de 15 degrées. Pas de doute, c’est une course pour flandrien ! Il faudra aussi compter sur le vent qui pourrait souffler en continu avec quelques rafales. Une bonne nouvelle pour d’éventuelles bordures ?

Favoris

Michael Matthews : Pour l’australien, tout se jouera dans les derniers kilomètres. Rassurant au Canada en remportant le GP du Québec (sur une arrivée en pente), mais décevant sur les 4000m de dénivelé de Montréal (19e), il aura une équipe certainement insuffisante pour l’emmener vers le titre mondial. 2 podiums déjà pour lui aux mondiaux, il s’en approche, doucement…

Philippe Gilbert : Apparu sous son meilleur jour à la Vuelta, l’ancien champion du monde a définitivement les mondiaux dans un coin de tete. Il est intéressant de voir qu’il a recupéré un peu de son punch d’antan en Espagne et il aura besoin ! Il devra attaquer tôt, mais être sûr de lui. C’est une source d’inquiétude pour ses adversaires : le belge a souvent remporté ses plus belles victoires en « timant » son attaque à la perfection (Roubaix, Ronde, Mondiaux 2012 entre autres…). Il n’aura qu’une seule chance.

Greg Van Avermaet : Dans sa longue carrière, le belge n’a pu faire mieux que 5e sur des Mondiaux. Dernière chance de l’emporter cette année dans le Yorkshire (ou en Flandres en 2021 ?) et il devrait attendre un sprint réduit. C’est une mauvaise tactique, puisqu’il n’est pas le plus rapide. Mais que peut faire la Belgique avec lui ? La densité de leaders est un problème qu’il devra résoudre.

Julian Alaphilippe : Leader unique donc de l’équipe de France, le parcours ne correspond pas vraiment aux qualités du francais. Il faut toutefois se souvenir de Bergen 2017, où sur une course promise au sprint, il avait tenté de faire bouger les lignes en attaquant dans le final. C’est exactement cette tactique qu’il devra employer ! Contrairement à Philippe GIlbert, qui n’aura qu’une seule chance pour réussir, le finish du francais peut lui permettre d’attendre un sprint en groupe réduit…enfin cela dépend avec qui ! Il ne faudra pas oublier la présence de Rémi Cavagna, son coéquipier chewz Quick-Step. Un atout pour semer le bazar dans les derniers tours.

Sam Bennett : Année miraculeuse pour l’irlandais ! Il doit profiter de cette confiance pour jouer la victoire. L’occasion ne se répresentera peut-être plus jamais. A Harrogate, ce n’est pas forcément un sprinteur qui devrait l’emporter, mais il est d’une trempe différente. Avec une équipe à 6, sans assurance que ses équipiers puissent l’emmener tout du long, il devra compter sur son seul sens de la course. L’avantage pour lui est la crainte qu’il va susciter dans les rangs des favoris s’il est présent dans le dernier tour. Seul contre tous donc.

Matteo Trentin : L’Italie a pour habitude de courir plutot intelligement ses championnats en fixant un leader unique et plusieurs autres leaders à son service pour semer le doute. L’ancien champion d’Europe est l’un des rares à avoir pu suivre Mathieu Van Der Poel cette saison (au Tour de Grande-Bretagne). Sa 10e place sur l’Amstel a également de quoi interpeller surtout lorsque l’on regarde le profil des coureurs qui l’entoure ! 4000m de dénivelé ne lui fera pas peur, bien au contraire !

Alexey Lutsenko : Véritable machine de guerre cette saison, le kazakh répond enfin aux attentes placées en lui. Capable de lancer une course (Het Nieuwsblad), de faire des numéros solo (Oman, Tirreno, Memorial Marco Pantani et Coppa Sabatini qu’il a remporté coup sur coup !) ou tout simplement de produire des résultats de grande qualité (top 10 au Dauphiné, 19e du Tour, 7e des Strade Bianche), il devra partir de loin. Seule chance pour lui de ramener quelque chose du Yorkshire !

Mathieu Van der Poel : Favori numéro 1, talent hors norme, parcours qui lui correspond à la perfection, le néerlandais vise l’or et rien d’autre. Capable de massacrer une course bien en avance pour forcer ses adversaires à s’adapter, ou tout simplement doté d’un finish exceptionnel en pente, il est difficilement envisageable de le voir battu.

Peter Sagan : Le voilà l’épouvantail d’Harrogate ! Coureur hors pair sur les Mondiaux (3 titres consécutifs), capable d’inspirer la crainte sur sa seule présence dans un groupe de tête, le slovaque semble atteindre un pic de forme en vue du Yorkshire. Battu au Québec parce qu’il a fait n’importe quoi (comme parfois), mais roulant sur la concurrence, il s’est testé sur différents scénarios. En réalité, ses résultats récents ne reflètent pas vraiment sa forme actuelle. Il n’est intéressé que par les courses qui « comptent ».

Alejandro Valverde : On ne penserait pas forcément à l’espagnol, mais c’est oublier l’incroyable coureur qu’il est. Le dénivelé le sert, et il devrait se faire oublier jusque dans le final. Doté d’une belle pointe de vitesse, il pourrait créer la surprise ! Il a récemment montré certaines qualités hors de sa zone de confort (Ronde, A travers la Flandre…) et pourra compter sur une solide équipe d’Espagne.

Alexander Kristoff : Le changement de parcours donne une chance au norvégien. Très à l’aise sur les longues distances (Sanremo, Wevelgen…), cette journée pour durs au mal lui va bien. Battu à Bergen de quelques centimètres, ce parcours à Harrogate ressemble un peu à celui sur lequel il s’était déjà vu champion du monde. Méfiance donc, Kristoff est un coureur d’expérience, un redoutable coursier et un excellent sprinteur.

Favoris au podium

Remco Evenepoel : Nous n’avons que très peu de recul sur les performances du prodige belge. La distance de 285 kilomètres devrait toutefois poser des questions quant à ses chances de réussir à ramener l’or. Toutefois, les conditions particulières (météo, course par nations, championnat…) de cette course lui offre une petite fenêtre de tir. Il devra attaquer de loin et compter sur son seul talent. Suffisant ?

Danemark : Capable de sortir des grands numéros, Kasper Asgreen devra bénéficier d’un marquage des leaders, il en va de même pour Mads Pedersen. Récemment, Michael Valgren, après son année 2018 si brillante, est apparu en forme et devrait mener son pays. Le Danemark a un coup à jouer et rien à perdre, une position idéale ! Avec des coureurs dangereux capables de désorganiser le peloton (Magnus Cort, Jakob Fuglsang), un podium est envisageable s’ils sentent le bon coup.

Ivan Garcia Cortina : La grosse cote ! 3e à Montréal, l’espagnol commence à engranger des résultats intéressants. Plutôt audacieux, il arrive dans la même situation qu’un certain Oscar Freire en 1999. 20 ans après, dans une course assez incertaine avec une multitude de leaders et un parcours piégeux, c’est peut-être celui qui osera le plus qui sera récompensé. Disposant d’un bon finish, il peut être ce vainqueur surprise que les championnats du monde nous ont souvent donné.

Pronostic

L’ogre belge sera surveillé avec cette équipe si redoutable. Deux options pour les belges : Philippe Gilbert et Greg Van Avermaet. Le premier pour la gagne en solitaire et le deuxième en cas d’arrivée groupée. Les belges ont toutefois une capacité remarquable à se saborder aux Mondiaux avec une médaille en 2016 et une victoire en 2012. A titre de comparaison, la Norvege a fait mieux. Additionner les leaders n’est pas la meilleure des stratégies et honnêtement, bien malin celui qui sera capable de dire qui de Phil ou Greg jouera sa carte. Comme souvent, la Belgique devrait s’en remettre à un numéro d’un de ses coureurs.
Plus maline, l’Italie sait souvent déjouer les pièges. Après deux masterclass aux championnats d’Europe, les italiens sont moins en verve aux Mondiaux. Mais c’était avant Matteo Trentin ! Le parcours lui correspond vraiment bien et ses performances en Grande-Bretagne ne font pas de doute sur sa forme. Coureur intelligent sachant manœuvrer dans des courses de hautes intensités, c’est son heure !
Reste donc Michael Matthews et Alexander Kristoff habitués des championnats, et les deux monstres Peter Sagan et Mathieu Van der Poel. Peter Sagan, une équipe a lui tout seul, semble être préparé pour faire des ravages. Il ne faut pas oublier son talent hors du commun, son intelligence sur des Mondiaux qu’il a remporté 3 fois sans forcément être archi-favori à chaque fois. Niveau hors du commun, Mathieu Van der Poel est un coureur dont on se souviendra. Bon partout, capable de caler son effort pendant la dernière heure de course comme au cyclo-cross, ultra véloce, ses capacités physiques au-dessus de la moyenne et sa maitrise des grands rendez-vous en font le vainqueur logique. Il est tout simplement trop fort.

Pronostic du Guidon : Mathieu Van der Poel

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