Un Tour de France au bord de la route

Au bord de la route, été 2018

Dans la chaleur de ce début de mois de juillet, la France n’est pas encore championne du monde, mais a déjà les regards braqués sur elle.
Comme chaque année, à l’instar des fêtes de Noël ou du 14 juillet, le Tour de France revient pour une nouvelle édition.

Dans un monde  tout irait trop vite et les repères et les traditions se perdraient, la Grande Boucle, intemporelle, se tiendra en dépit des tumultes et des déchirements qui peuvent, parfois, agiter la société française.


Tour de France, notre enfance

La route du Tour a traversé un bon nombre de villages et de communes mais aussi marquée de nombreux esprits. Qui ne s’est jamais rêvé coureur du Tour de France sur son petit vélo, pendant les vacances de Juillet ? Qui n’a jamais entr’aperçu les coureurs du coin d’œil sur le poste de télé de ses grands-parents ? Qui n’a jamais entendu la symphonie des pales d’hélicoptères ? Qui ne s’est jamais ennuyé, un après-midi pluvieux en vacances, et s’est assis avec sa mère ou son père (ou les deux), devant une étape du Tour ?

Le Tour de France dépasse le cadre sportif. Il est fait d’innombrables petites histoires – les nôtres – qui ont bercé notre jeunesse. Véritable Madeleine de Proust, il n’est pas un été sans que l’on se remémore ces moments de vie.
Au bord de la route, avant le défilé de la caravane publicitaire, certains se confient :
Le Tour ? Ça me rappelle mes étés, en attendant d’aller à la plage, parce qu’il faisait trop chaud !
Mes parents travaillaient et nous n’avions pas la télévision à la maison, j’allais donc voir le Tour avec mon grand-père chez lui, c’était des bons moments
Tous les ans, mes parents m’emmenaient sur une étape, ça faisait partie des vacances”.

Le peuple du Tour de France

Nous avons tous grandi avec le Tour de France. Adoré par certains, exécré par d’autres, il a pourtant traversé des générations et s’est toujours imposé comme l’événement sportif majeur du mois de juillet.
Géant médiatique, il broie les autres courses cyclistes du calendrier et devient le théâtre d’enjeux colossaux et d’espoirs mirifiques. Sur les bas cotés, on rêve d’un été thermidorien pour un coureur “bien de chez nous”, terrassant le tyran étranger à la tunique d’or.

Dans cette arène estivale, on livre les coureurs aussi bien aux passions exacerbées d’un public pas toujours connaisseur, qu’aux analyses de comptoir et aux innocents.
Le peuple du Tour se rassemble pendant trois semaines intenses, se prenant au jeu de cette bataille à bicyclette. Les cyclistes de canapé ne monteraient pas pour un sou sur une selle, mais ils seront toujours là pour acclamer leur chouchou. On y vient pour voir le spectacle de la souffrance, comme l’on vient voir des animaux en cages. Des hommes pourtant, mais qui ne sont pas fait du même bois que le commun des mortels. Alors, oui il faut venir et le voir pour y croire.

Il y a le public de plaine, familial dont les connaissances s’arrêtent à Poulidor, Jaja, ou Virenque, selon les générations. On a récupéré le parcours horaire dans le programme TV de la semaine : 11h30, caravane publicitaire, n’oublie pas de tendre le bras pour récupérer ta casquette.

Plus éclectique, comme sur les Classiques, l’étrange peuple de la Montagne ne se forme que quelques jours par an. L’un, pyrénéen, l’autre, alpestre.
Deux versants, un seul objectif : mettre le feu aux massifs.
Les fous du vélo sont là, dès que la pente se cabre. Lorsque rentrent en action les anges de la Montagne, les profanes de la plaine s’évanouissent pour laisser la place aux hordes de fidèles imbibés, parfois insupportables, souvent drôles, toujours passionnés.

Tour de France public

Le Tour pour tous

Si ces dix millions de spectateurs viennent garnir les bas cotés de France chaque année, c’est en partie parce que le Tour de France est pour tous, sans égard de moyen. Il est resté populaire, à l’époque d’autres sports sont assommés par l’argent. Ici, au bord de la route, on y vient gratuitement.
Mieux encore, c’est un événement qui passe pas loin de chez nous. Parfois, devant notre fenêtre.
Pendant un court instant, le Tour révèle des bourgades sans histoire que tout le monde a oublié. Une fois par an, les laissés-pour-compte peuvent saluer le reste du Monde.

Et bien sur, il y aura toujours ces jeunes qui courent au bord de la route les fesses à l’air.
Il y aura toujours ces familles prêtes à tout pour récupérer un petit paquet de bonbons sur la route.
Il y aura toujours ces gens qui courront en cercle dans un champ pour imiter une roue qui tourne.
Il y aura toujours des excentriques affublés de déguisements ridicules.

Mais il y aura toujours des enfants qui seront absorbés par cette caravane, scotchés par un peloton qui passe devant leurs yeux ébahis.
Il y aura toujours ces gens qui crient, qui frappent dans leurs mains de toute leur force pour encourager des coureurs qui ne les voient pas, mais qui les entendent.
Il y aura toujours cette ambiance unique, un mélange de délire collectif quand le Tour de France passe avec tout son Barnum.

Il y aura toujours le Tour de France, notre Tour de France. Celui qui ne veut pas mourir et qui fait fit des polémiques ciblant les pharmaciens du peloton.

On le dit ennuyeux, mais lui en a vu d’autres.

Sur le bord de la route, il faudrait demander son avis à celui qui tient une pancarte que nous connaissons bien et  il est inscrit, simplement : “Vive le Tour”.

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