Tour de France 2020

La plus grande course du monde, le rendez-vous incontournable du cyclisme mondial : le Tour de France. 107e édition d’une Grande Boucle très indécise.

Tour 2020

Un Tour 2020 historique

Cette édition restera sûrement dans les annales, pour plusieurs raisons. La première, son déplacement en septembre dû au coronavirus. Un report inédit depuis la Guerre. Le deuxième, par son tracé. On a souvent critiqué ASO pour son choix de parcours parfois peu judicieux ou parce que les rendez-vous manqués s’accumulaient. Cette année hormis 5 étapes (Sisteron, Lavaur, Poitiers, Champagnole et Paris), toutes représentent un danger certain pour les leaders. Il faudra être en forme d’entrée de jeu à Nice, et ce sans aucun passage à vide, aucun moment de repos.
Enfin, la troisième raison, c’est cette coupure de plusieurs mois, qui rebat entièrement les cartes. Certes les favoris sont les mêmes qu’en mars, mais le programme de préparation a changé et il est fort possible de voir d’improbables défaillances, comme des coups d’éclat hors norme.


Tour de France 2020
Photo : Tim de Waele

Battle Royale

La difficulté du tracé va faire que ce Tour 2020 ressemblera certainement à une Battle Royale. Un Tour par élimination, jour après jour, pour qu’il n’en reste plus que deux au matin du contre-la-montre de la Planche des Belles Filles.

Première semaine : La Grande Lessiveuse

Premier affrontement à Nice, sur un tracé similaire à la dernière étape de Paris-Nice. Un gigantesque foutoir qui posera les bases pour la suite.
Viens ensuite Orcières-Merlettes, haut lieu de la légende du Tour et cette chute de Luis Ocana en 1971. Une montée sèche et un premier test pour les trains des favoris.
S’avance le surlendemain le difficile Mont Aigoual, avec son passage sur le Col de la Lusette, propice aux premières attaques.
Loudenvielle avec l’enchainement Port de Balès-Peyresourde et une arrivée en descente vient deux jours plus tard. Une étape éteinte par les trains ?
Enfin, avant la première journée de repos, cette étape malicieuse vers Laruns avec Marie-Blanque placée judicieusement à 20 bornes de la ligne. Une occasion en or de renverser les certitudes et d’instaurer le doute chez ses rivaux.

Deuxième semaine : Déjouer les pièges

Dans ce Tour dramatique, l’étape toute plate vers l’Ile de Ré pourrait bien être le lieu d’un affrontement dantesque, si les vents décident de s’y mettre. Attention aux bordures, le Tour 2020 se perd peut-être aujourd’hui.
L’étape vers Sarran, formidablement tracée sur des routes escarpées en fait un moment décisif du Tour. La montée difficile du Suc au May peut faire exploser le peloton.
Puis vient le Puy Mary, sans répit pendant 200 kilomètres et une ascension courte mais redoutable pour finir, sur des pentes à plus de 10%.
Enfin, se profile avant la journée de repos le Grand Colombier, après 2 ascensions terribles (Fromentel et Biche), les leaders vont dynamiter cette montée pour s’affirmer avant la semaine de tous les dangers.

Troisième semaine : Feux d’artifices

La course au temps se poursuit à Villard de Lans, après une possible tentative à la Montée Saint-Nizier du Moucherotte, un final à 8% de moyenne dans les 2 derniers kilomètres devrait créer des petits écarts entre leaders.
Devant nous, le col de la Loze. 19 kms d’ascension à plus de 7% de moyenne, qui plus est irrégulier et culminant à 2300m d’altitude. Après voir pris la Madeleine juste avant, cette étape marque le tournant décisif du Tour. Le juge de paix final qui ouvrira la dernière grande bataille ?
Pas si vite. Avant, il faudra passer la Roche-sur-Foron. Véritable étape toboggan, sans repos, c’est bien là que tout va se jouer ! Dernière chance, all-in pour renverser la Grande Boucle, l’étape reine, c’est celle là !
Enfin, les survivants pourraient s’affronter sur le contre-la-montre final de la Planche des Belles Filles. Une course aux temps qui pourrait prendre une dimension dramatique selon les écarts.


Candidats au podium et possibles surprises

Emanuel Buchmann : Discret mais toujours présent, l’allemand manque lui aussi de certitudes après son abandon sur le Dauphiné. Se heurtant à un plafond de verre, son incapacité à renverser le cours d’une course fait que le Maillot Jaune semble loin. Un podium est jouable, mais il n’a pas l’âme d’un patron. Désolé.

Daniel Martinez : On ne peut pas écarter le vainqueur d’un Dauphiné. Entouré de Rigoberto Uran, Hugh Carthy, ou Sergio Higuita, le colombien est appelé à jouer les premiers rôles sous peu. Pour cette année, le manque d’expérience et une équipe qui ne lui sera pas 100% dédiée pourrait le faire chuter dans le top 10. Mais assurément un candidat potentiel surprise au podium.

Nairo Quintana : Le soucis de Nairoman, c’est qu’on est jamais sûr de lui. Evoluant à un très haut niveau avant la coupure, un accident à l’entrainement et un abandon sur le Dauphiné l’ont bien freiné. Avec une équipe relativement moyenne, il est dans une position de « je n’ai rien à perdre ». Et si cela le libérait ?

Guillaume Martin : Bien sûr, Guillaume Martin ne remportera pas le Tour de France. Bien sûr, il n’est pas candidat au podium. Mais jusqu’où peut-il aller ? Il sera dans le top 10, mais à quelle place ?

Miguel Angel Lopez : Non.


Maillot Jaune

Favoris

Ineos : Avec le vainqueur sortant Egan Bernal, Ineos vise donc le back-to-back sur ce Tour 2020. Pourtant, l’équipe britannique arrive sans certitudes, le colombien n’ayant pas retrouvé tous ses moyens. Viennent alors Pavel Sivakov, qui pourrait être la grande surprise de ce Tour. Impressionnant sur le Dauphiné, ne lâchant jamais rien, il est le plan B. Puis Richard Carapaz, vainqueur du Giro 2019. L’équatorien n’est pas un équipier très fidèle, et tente souvent sa chance. Toutefois, Ineos n’est pas Movistar, et sa forme est aussi en doute. Ineos doit s’adapter, et sans le génie tactique de Nicolas Portal, la tâche s’annonce plus ardue face au collectif de Jumbo. L’Empire est pour la première fois depuis 2012, en péril.

Jumbo-Visma : Un leader évident : Primoz Roglic. Le numéro 1 mondial, terreur du peloton, dégage une impression de facilité déconcertante. Une marche vers la gloire subitement interrompue par une chute au Dauphiné. Le slovène sera-t-il à 100% d’entrée de jeu ? Dans l’ombre, Tom Dumoulin, avec les dents qui rayent le parquet, va peut-être bien lui voler la vedette. Cette équipe à deux têtes au caractère bien trempé est ce qui pourrait enrayer la machine. Le néerlandais ne courra pas pour Roglic, et l’inverse est également vrai. La robotisation a ses limites et un Tour de France n’est pas un Dauphiné. Les coureurs ont un job, mais les hommes ont des ambitions… trop ?

Thibaut Pinot : Que peut-on raconter de plus sur Thibaut Pinot que ce qui a déjà été vu ou écrit ? Poète du vélo malgré lui, son destin tourne autour de ce Tour de France. Un mental hors du commun, lui qui est toujours revenu, une forme impeccable et un pays tout entier derrière lui en font un grand favori à la victoire finale. Se remettra-t-il d’un second échec ? C’est peut-être l’année ou jamais, surtout quand on regarde le tracé.

Tadej Pogacar : Certes, son équipe n’est pas la plus forte. Mais le slovène impressionne partout où il passe. Ne se posant aucune contrainte, aucune limite, libre comme l’air et n’ayant rien à perdre, il représente un gros danger puisqu’il sera difficile à cerner. Le tracé est également pas pour lui déplaire !


Power Ranking

10. Guillaume Martin
9. Daniel Martinez
8. Emanuel Buchmann
7. Pavel Sivakov
6. Miguel Angel Lopez
5. Tadej Pogacar
4. Primoz Roglic
….

Tour de France podium

Pronostic

L’incertitude globale entourant les forces en présence, les possibles retournements de situation, le contexte particulier font que ce Tour ne sera pas comme les autres. La première surprise vient de Primoz Roglic. La confiance est abîmée, et malgré un sang-froid à toute épreuve, le slovène va peut-être vivre un Tour difficile. D’ailleurs, le finira-t-il ? La question se pose.

Sur le podium, un certain Egan Bernal en 3e position donc. Une place inhabituelle pour Ineos, mais le colombien semble ne pas avoir récupéré à 100% de ses douleurs. Son mental n’est également pas le meilleur dans le peloton, peut-il craquer devant la pression malgré un talent supérieur à ses adversaires ?

Reste 2 candidats : Thibaut Pinot et Tom Dumoulin. Le français a un travail à finir, et quand le destin vous appelle dans le sport, il est difficile pour les autres de venir jouer à armes égales. Pour le néerlandais, la force de Jumbo pourrait se révéler une faiblesse finalement. Il sait que son leader n’est pas au mieux et va vouloir le trône pour lui-même. Son transfert chez Jumbo cet hiver n’est pas innocent : il ne vient pas pour faire l’équipier, Roglic ou pas Roglic. Le problème, c’est que Dumoulin aura du mal à manœuvrer dans des étapes pièges et aurait préféré des étapes plus montagneuses. Il n’a pas le caractère d’attaquant d’un Pinot, et la machine de guerre hollandaise peut facilement s’enrayer au moindre pépin. Pour toutes ces raisons, Thibaut Pinot va l’emporter. Il est le favori qui n’a aucun doute, aucun nuage à l’horizon, et une équipe soudée à 100%. Pour l’emporter, il faut être sûr de sa force. Aussi, le français n’a pas 7 équipiers, mais plusieurs dans le peloton, et un engouement populaire rare. A lui d’écrire son histoire.

Pronostic du Guidon :

3. Egan Bernal
2. Tom Dumoulin

1. Thibaut Pinot

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