La malédiction arc-en-ciel : le début de la fin

Première partie de « La malédiction arc-en-ciel »

La course la plus attendue de l’année ?
Une victoire qui permet au vainqueur de revêtir ce maillot tant convoité, celui que petits et grands cherchent – comme un Maillot Jaune – avec insistance lorsque le peloton passe à toute vitesse devant leurs yeux.

Reconnaissable par les fans oui, mais aussi par tout le peloton. Celui qui le porte joui d’une certaine aura, d’un certain respect et d’une notoriété immédiate. Il rejoint ainsi les grands noms qui l’ont porté: Binda, Coppi, Merckx, LeMond, Hinault, Zoetemelk, Maertens, Roche, Moser, Bobet… de quoi faire tourner la tête ! Ce titre assure à celui qui parvient à le remporter les lauriers éternels de la gloire.

Pourtant, ce maillot a sa part d’ombre. S’il peut être pour certains le point culminant d’une carrière, il est devenu un cauchemar, une incroyable malédiction pour d’autres.

Champion du monde

Champion du monde et Annus Horribilis

Benoni Beheyt, la vengeance de Rik Van Looy

Même si l’on ne peut pas vraiment parler de malchance, le cas Benoni Beheyt mérite d’être évoqué.
Nous sommes en 1963, et le championnat du monde se dispute cette année à Renaix, en Belgique. Il est entendu que Rik Van Looy, déjà double vainqueur de la couronne mondiale va s’imposer au pays. Le favori est d’ailleurs emmené dans un fauteuil par son équipe.
Cependant, la course ne se déroule toutefois pas exactement comme prévu et les coéquipiers de Van Looy ont la bougeotte. Peu avant l’arrivée, Gilbert Desmet tente sa chance et se voit sévèrement réprimandé. Desmet ne le sait pas encore mais il inspire à l’un de ses coéquipiers un geste qui condamnera sa carrière. Ce coureur, c’est un certain Benoni Beheyt.

Benoni a tout du parfait équipier : discret, travailleur, mais sachant également gagner quand il en a l’occasion.
Et il est en forme en cette année 1963. Il a remporté Gand-Wevelgen quelques mois auparavant ainsi que le Grand Prix de Fourmies et le Tour de Wallonie. Trop confiant ?
Dans cette course d’un jour qui attise tant de convoitise et où la tactique d’équipe est parfois dure à respecter, il attaque et grille la politesse à Van Looy pour s’imposer. Le double champion du monde ne le digèrera jamais. Pire, il va tout faire pour contrecarrer la carrière du pauvre Beheyt.
Celui qui avait voulu voler trop près du soleil sera même contraint de mettre fin à sa carrière à seulement 26 ans après être retombé dans l’anonymat le plus total, conséquence des manœuvres de Van Looy.

benoni beheyt

Eddy Merckx, la chute du Roi

Personne n’est à l’abri de cette annus horribilis, pas même le grand Eddy Merckx.
Le cannibale vient de remporter en 1974 à Montréal son troisième championnat du monde et aborde la saison 1975 avec un appétit démesuré, comme à son habitude. En ligne de mire ? Un sixième Tour de France. Son objectif principal de la saison le ferait rentrer dans l’histoire en dépassant Jacques Anquetil et ses cinq victoires.

Son début d’année est alors tonitruant. Il écrase encore la concurrence sur les classiques et aborde donc sereinement la Grande Boucle. Difficile d’imaginer que le belge pourrait plier sur les routes de Juillet.
Pourtant, Merckx ne le sait pas encore mais ce Tour 1975 sera le début de son déclin.

Les premières étapes passées sans embûches, il est en tête avant l’ascension du Puy de Dôme. Impressionnante sur le papier, elle reste largement à la portée du Cannibale qui espère accroître son avance au général.
La suite entrera dans la légende.
Un spectateur, de la race de ceux qui n’aime pas les vainqueurs, lui assène un coup de poing dans le ventre. Un geste stupide qui le déstabilisera plus qu’il ne pouvait l’imaginer pour la suite des évènements. Peu après, il se fait assommer dans la montée de Pra Loup par un Bernard Thévenet fantastique, volant au-dessus des crêtes alpines. Enfin, il chute au départ d’une étape, se fracture une maxillaire et perd finalement ce Tour. L’Élu est déchu.

Malgré quelques victoires de prestige, le belge ne se relèvera jamais de cet incident et mettra fin à sa carrière en 1978, n’étant alors plus que l’ombre de lui-même.

Eddy Merckx

Freddy Maertens, l’écorché

Restons au plat pays avec Freddy Maertens.
Maertens, c’est le pendant terrible du Cannibale. Avec une carrière qui renverrait les scénarios hollywoodiens les cordes, il n’est pas surprenant de le retrouver ici. Déjà victorieux en 1976, il double la mise en 1981.
Le belge signe un improbable retour suite à une période de disette de pratiquement quatre ans, s’imposant devant Giuseppe Saronni et Bernard Hinault, excusez du peu.
Pourtant, cette victoire sonnera le glas de sa carrière.

Conséquence de ses excès ? Perte d’illusions ? Manque d’envie ? Il disparait complètement des radars dès que le maillot arc-en-ciel touche ses épaules. Lassé de son sport, mais également de la vie, il plonge dans l’alcool. Suspecté de dopage, l’année 1982, celle suivant son titre, ainsi que les suivantes seront terribles pour le champion de Nieuport.
Freddy Ier quittera le monde du vélo très peu de temps après cette Annus Horribilis, pour suivre des routes plus sombres, sans espoir d’en franchir la ligne d’arrivée.

Freddy Maertens

Champion du Monde : malchance, blessures, et dopage

Stephen Roche : Au sommet de son art en 1987, il rafle la fameuse triple couronne : Giro, Tour et championnat du monde. En 1988, il est embauché par l’équipe Fagor mais se brouille avec la direction. Souffrant d’une douleur au genou qui l’empêche de courir correctement, il passe une année blanche.

Rudy Dhaenens : Champion du monde au pays du Soleil Levant en 1990, disparait des écrans en 1991, met fin à sa carrière en 1992 suites à des problèmes cardiaques puis trouve la mort dans un accident de voiture en 1998.

Gianni Bugno : Double champion du monde 1991-1992, s’éteint sportivement dès 1993. Bourré de talent mais incapable de confirmer les espoirs placés en lui, il ne se distingue que par des rares coups d’éclat et par son implication dans des affaires troubles.

Lance Armstrong : L’un des plus jeunes porteurs du maillot arc-en-ciel, conquis à Oslo au nez et à la barbe des grands favoris est victime d’un cancer des testicules quelques années plus tard et connaitra la gloire et la chute que l’on sait au début des années 2000.

Luc Leblanc : Champion du monde en 1994 à Aggrigente et l’un des tous meilleurs coureurs français connaît une saison 1995 blanche. La malchance le frappe même deux fois ans l’année. Engagé avec  l’équipe Le Groupement, celle-ci arrête son activité en cours de saison. Comble de la malchance,  il doit mettre un terme à sa saison afin d’être opéré du nerf sciatique.

Laurent Brochard : En 1998, c’est un autre francais, membre de l’équipe Festina comme Leblanc qui est frappé. Laurent Brochard, l’improbable champion du monde sarthois 1997 est rattrapé par l’affaire Festina et suspendu jusqu’en mai 1999.

Romans Vainsteins : Le Letton et vainqueur à Plouay fin 2000, n’aura pas marqué les esprits. Bon sprinter et coureur de classique, son titre laisse présager un passage de l’ombre à la lumière. Il n’en sera rien, le coureur de la Domo Farm Frites passe une saison 2001 compliquée et se contentera jusqu’à la fin de sa carrière prématurée à 31 ans (suite à un non-renouvèlement de contrat) de quelques top 10 et victoires de seconde zone.

Alessandro Ballan : Dernière victime en date. Titré à Varèse en 2008, il est victime d’un cytomégalovirus début 2009 qui l’empêche de courir pendant la moitié de la saison. Sa progression alors freinée, il ne gagne pas les classiques auxquelles il semblait promis. Pire, il est impliqué dans des affaires de dopage puis suspendu 2 ans en janvier 2014.


L’étrange cas de M. Astarloa

Plus proche de nous, l’étrange histoire d’Igor Astarloa est peut être celle qui représente le mieux cette incroyable malédiction arc-en-ciel.
L’espagnol n’est professionnel que depuis 3 ans quand il se pare du maillot à Hamilton. Cantonné à un rôle de second dont il s’émancipe au cours de cette fameuse saison 2003, il décroche une victoire sur la Flèche Wallonne et quelques podiums qui ne passeront pas inaperçus. Il est d’ailleurs cité comme un potentiel outsider du championnat du monde. Statut qu’il confirme au delà de ses espérances les plus folles en s’adjugeant le titre suprême après que les favoris ne jugent pas utile de le prendre en chasse. Une bien belle année se conclue au Canada pour l’espagnol. Et puis plus rien.

Igor Astarloa

En 2004, l’affaire Cofidis, avec qu’il y vient de s’engager, l’oblige à se suspendre de toute compétition. Il débarque dans la précipitation chez Lampre et loupe sa saison. En 2005, il doit s’engager chez les sud-africains de Barloworld après avoir refuser de consentir aux efforts financiers demandés par la nouvelle direction de Lampre-Saeco. Il commence par se fracturer le poignet, puis est totalement absent des classiques. Sa fin de carrière n’est plus qu’une longue agonie : toxoplasmose en 2007, contrôlé positif en 2008 puis renvoyé, arrêt de son équipe en cours de saison 2009, il fera également l’objet d’une procédure disciplinaire de la part de l’UCI suite à une violation de son passeport biologique, la première du genre.

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