Imola 2020 – UCI Road World Championships

Originalement prévu à Martigny, le championnat du monde se déplace à Imola, tout en gardant la même inspiration : un parcours exigeant avec plus de 4500m de dénivelé.

Imola 2020

Le parcours

Imola 2020

Le parcours de ce championnat du monde à Imola peut être découpé en quatre temps.
Le premier, et c’est d’ailleurs à cet endroit que la course va débuter, c’est cette petite ascension vers Bergullo, longue de 2.2kms et allant chercher 3.2% de moyenne. Un faux-plat certes, mais assez long qu’il faudra affronter 9 fois tout de même. C’est un moment important puisqu’il va conditionner le placement, et donc demander un surplus d’efforts avant d’entamer le deuxième temps du parcours.

La Via Mazzolano est la première ascension répertoriée du parcours. Longue de 2.8kms sur l’image ci-dessous, avec un pourcentage à 5.9% de moyenne, il faut toutefois s’attarder un peu plus sur la première moitié. Passage très exigeant de 1.5kms ne descendant pas en dessous de 7%. La suite est en faux-plat montant.

Via Mazzolano Imola

Troisième temps avec la dernière ascension : la Cima Gallisterna. Avec 2.7kms à 6.4%, c’est la plus dure de la journée. Il faut noter un passage très difficile pendant plus d’1km à 10.9%. A partir de ce moment là, il reste 12kms.

Cima Gallisterna Imola 2020

Quatrième et dernier temps, la descente sur le circuit automobile d’Imola, une descente rapide, et longue jusqu’à la ligne d’arrivée. Il faudra non seulement être excellent descendeur, mais être très fort et malin tactiquement pour espérer une victoire en solitaire.


Tactique

Les championnats du monde sont une course à élimination, avec en général un grand train mené par les équipes les plus fortes. Méfiance des nations moins représentées mais disposant d’une tête d’affiche. Souvent oubliés, ces coureurs ont parfois joué de drôle de tours aux grands favoris. On pensera aux éditions 2014, avec Michal Kwiatkowski mais surtout 2013 avec Rui Costa, qui ne disposait seulement que de deux équipiers au départ.

Sur 9 tours, avec 4500m+ de dénivelé, les coureurs sortants du Tour auront un gros avantage cette saison. Méfiance tout de même, on dit souvent la même chose de ceux sortants de la Vuelta, mais il n’en a pas toujours été le cas. La fatigue accumulée comptera dans les 50 derniers kilomètres, alors qu’une forme ascendante (Tirreno) pourrait bien faire la différence.

Pour le déroulement de la course ce sera du classique, jusqu’à la dernière ascension. Le culot paye très souvent sur les Mondiaux, il faudra être dans une forme titanesque pour arriver seul, et éviter un sprint en petit groupe. C’est un petit malin, bien aidé par une équipe tactiquement irréprochable et bloquant les offensives d’un deuxième groupe qui l’emportera.

La course repose sur l’Italie, à domicile. Equipe se loupant rarement dans les événements continentaux, preuve en est : 3 titres et 2 médailles d’argent sur les 7 derniers championnats (Europe/Mondiaux). L’Italie avait loupé Florence 2013 (4e), mais a été sacrée à Varèse 2008. Ce sont les favoris.


Favoris

Alberto Bettiol : Invisible cette saison, en dehors d’une 4e place sur les Strade Bianche, il a les capacités requises pour tenir l’important dénivelé. Coureur très malin, au sein d’une équipe offrant de multiples possibilités, il est peut-être celui qui profitera du marquage des grands favoris.

Diego Ulissi : Dans une forme incroyable depuis la reprise : 5e en Pologne, 2e au Gran Piemonte, 8e du Lombardie, 3e en Emilie, et vainqueur au Luxembourg, c’est la chance de sa vie. Disposant d’une belle pointe de vitesse, il peut aussi faire la différence sur un sprint en petit groupe. Toujours à l’aise à domicile, il ne devrait toutefois pas tenter sa chance en solitaire. Il a les jambes, mais a-t-il la tête ?

Wout Van Aert : Le meilleur coureur du monde en 2020 fait peur à tout le monde. Pas besoin de rappeler ses résultats. Quand la forme du belge va-t-elle redescendre ? Son équipe a également eu pas mal de soucis sur les Mondiaux, se sabordant années après années, et ce malgré le titre de Gilbert en trompe l’œil en 2012. La Belgique a trop d’options, et Van Aert sera surveillé au moindre geste.

Michal Kwiatkowski : Le champion du monde 2014 verra d’un bon oeil ce parcours, qui présente des similitudes avec celui de Ponferrada. Sorti d’un très bon Tour de France, le polonais n’a aussi pas eu à piocher au plus profond de ses forces suite à l’abandon de Bernal. Méfiez-vous, il reste un très grand champion.

Michael Matthews : Avec 2 médailles, il ne lui manque que le titre suprême. L’australien a peu couru cette année et a fait du tourisme sur Tirreno. Malgré tout, sa victoire facile à Plouay après 247kms et son podium à Sanremo après 300 bornes laissent présager quelque chose. Il a les capacités de passer le dénivelé et reste un grand coureur de circuit.

Julian Alaphilippe : Après un démarrage tambour battant sur le Tour, il a choisi une stratégie différente, avec certainement une idée derrière la tête. Le français semble un peu plus court que l’an dernier, mais un énorme démarrage dans la dernière côte puis un sprint sur le circuit d’Imola, peu pourront rivaliser. Aucun peut-être ?


Outsiders

Jakob Fuglsang : Discret sur Tirreno, il a le Giro en ligne de mire. Vainqueur sur le Lombardie, et dans une forme qui ne semble jamais s’arrêter depuis 2 ans, il a les capacités de l’emporter en solitaire. Vainqueur à Liège l’an dernier, l’arrivée en descente est une bonne chose pour lui, mais est-il à 100, voir 110% ? Il aura surtout en tête la troisième semaine du Giro, et va surement laisser passer sa chance.

Maximilian Schachmann : Convaincant sur les courses d’un jour, le dénivelé n’est pas pour lui déplaire. Toutefois, l’équipe allemande parait un cran en dessous des autres, ce qui lui assure la place de leader. Bon sprinteur, tous les scénarios lui vont.

Marc Hirschi : Grosse machine, le suisse va tellement attendu au tournant qu’on se demande ce qu’il va pouvoir faire. Il est outsider, mais l’équipe suisse est faible et peu nombreuse. Il lui faudra tenter de loin et être sur de son coup. Après un Tour de France épuisant, ce serait une surprise.

Alexey Lutsenko : Ancien champion du monde espoir, le kazakh a pris son étape sur le Tour puis a plié bagages pour Lopez. Il est de celui que nous avons mentionné plus haut, Costa 2013, Kwiatkowski 2014, Lutsenko 2020 ?


Pronostic

Avec un tracé qui ressemble tout de même un peu à Ponferrada, on peut déjà dire que ce n’est pas qu’un circuit pour puncheurs. L’Italie a des arguments, notamment avec des coureurs comme Vincenzo Nibali, Fausto Masnada, Andrea Bagioli et surtout Damiano Caruso, très très fort sur le Tour et KOM de la Cima Gallisterna sur Strava. Diego Ulissi a-t-il les épaules pour l’emporter ? Probablement pas. Mais il faudra faire attention à Alberto Bettiol, que la tactique italienne pourrait favoriser, à défaut d’avoir un homme rapide en cas de sprint.

Wout Van Aert est celui qui a la pancarte, il est imbattable. Mais on ne peut pas faire confiance à la tactique belge ! Le Tour, le chrono ont forcément laissé des traces, il pourrait manquer de quelques watts nécessaires pour battre…Michael Matthews. L’australien se fait discret, il a une revanche à prendre après sa non-sélection au Tour, et aura aussi une certaine fraicheur . Il peut passer les multiples ascensions et a plus de chances que Michal Kwiatkowski, l’autre grand grand favori de la journée de s’imposer sur une arrivée en petit groupe.
Ca tombe bien, il n’y en aura pas, victoire de Michal Kwiatkowski !

Prono du Guidon : Michal Kwiatkowski

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