Espoirs brisés : La désillusion

Si le premier danger pour les jeunes étoiles est le physique, la lassitude et la désillusion viennent assurément en second. Combien sont les espoirs prometteurs ayant tout simplement laisser tomber leur carrière pour retourner à des occupations extra-sportives. Dernièrement, les exemples se sont d’ailleurs multipliés.

[PARTIE 2] La désillusion face au monde professionnel

Tout d’abord, on peut rester inconsolable de voir un Oskar Svendsen prendre sa retraite sportive à 20 ans. Plus que prometteur, le norvégien se fait connaître du grand public en 2012, alors qu’il rafle le titre de champion du monde juniors du contre-la-montre. Mieux, il détient le record de la plus grande VO2 max jamais enregistrée. Destiné à devenir un coureur exceptionnel, il arrête tout deux ans plus tard pour reprendre ses études. Le jeune norvégien ne croyant tout simplement à son avenir dans ce sport. Il y a de quoi être déçu.

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Le cas de l’ex-coureur de Joker en rappelle un autre, celui de l’australien Campbell Flakemore. Champion du monde espoir du contre-la-montre à Ponferrada fin 2014, le jeune coureur vient de signer chez BMC et est promis à un avenir de cador. Adoubé par un certain Cadel Evans, voyant en lui un potentiel vainqueur de Grand Tour. Son début d’année 2015 est marqué par des pépins physiques puis par un manque cruel de résultats significatifs. C’est la grosse désillusion. A la fin de l’année, il annonce à la surprise générale sa retraite sportive. En effet, l’ex-futur Evans déclare que la vie de cycliste professionnel ne le rendait «pas heureux». Ainsi, à l’instar de Svendsen, Flakemore ne peut concevoir une vie faite de privation, il ajoute : « Les gens ne peuvent pas imaginer la quantité de travail et de sacrifice requis pour atteindre le niveau d’un vainqueur de Grand Tour. »

L’exemple Olivier

C’est le cas de Daan Olivier, 23 ans et ancien pro chez Giant-Shimano. Le néerlandais présente toutes les caractéristiques du coureur dans lequel on place de grandes espérances. Passé par la Rabobank Development, il impressionne rapidement. Quatrième place du Tour de l’Ain à 19 ans et excellents résultats dans les courses juniors et espoirs. Cependant, la belle histoire va tourner court.

Cette révélation sur les routes de l’Ain, assez jeune, s’est faite à grand prix. Olivier souffre d’un surentraînement qui va l’handicaper pendant près d’un an, freinant brusquement sa progression. Un mal qui semble être ignoré par le coureur lui-même et surtout par ses futurs employeurs, Giant. Car Olivier revient tout de même à la compétition fin 2013, puis est logiquement recruté par l’équipe World Tour pour la saison 2014. Le batave se place sur quelques courses, mais le cœur n’y est plus depuis longtemps. En juin 2015, il arrête tout, brusquement, à 22 ans. Cette retraite, personne ne la comprend. Il faudra que le coureur s’explique et avoue avoir perdu le plaisir de pratiquer son sport en 2013, lors de sa période de surentraînement.

Que peut offrir le cyclisme aux champions à en devenir ?

Une vie professionnelle difficile faite de 300 jours hors de chez soi? D’énormes sacrifices pour éventuellement parvenir à la gloire ? L’apport peut sembler dérisoire quand l’on compare à d’autres sports.
L’image du cyclisme s’étant également franchement détériorée depuis l’affaire Armstrong, il semble aujourd’hui difficile de trouver le bonheur sur un vélo.

Le constat est sévère. Ce sont donc trois futurs champions qui ont abandonné leur sport, leur passion, pour des raisons similaires : une désillusion générale vis-à-vis du monde professionnel. Assiste-t-on nous à un phénomène qui va, petit à petit, se généraliser ? Le cyclisme moderne est-il trop exigeant pour des jeunes coureurs, alors que ce qu’il offre n’a pas, ou peu, changé depuis 30 ans ?

Il faut sérieusement se le demander car peu de jeunes pros semble confirmer les attentes que l’on avait placé en eux. Que feront les Matej Mohoric, les frères Van Poppel, les Michael Hepburn, Damien Howson, Alexey Lutsenko, Ruben Fernandez Andujar…derniers cracks de la nouvelle génération ?

Doit-on travailler le mental chez les jeunes coureurs en plus du foncier ? Une question que les équipes devraient vraisemblablement explorer.

 

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