A l’école du cyclo-cross

Le cyclo-cross rime avec hiver, quand viennent les jours sombres, froids et pluvieux, ainsi que la perspective trop lointaine de l’été prochain.

Avec les derniers tours de roues en Lombardie, dans la Vallée du Cher ou dans la campagne vendéenne, l’inconditionnel de la petite reine sait qu’une longue attente commence avant le début d’une nouvelle saison.
Des jours interminables pour tous ces enfants, retraités ou travailleurs en plein congés payés désespérant de retrouver le soleil brûlant venant frapper les routes pyrénéennes ; la légère brise sur les chemins escarpés des Ardennes, ou la boue et la pluie roubaisienne.

Alors en attendant la messe, il faut bien tourner les jambes. Et le cyclo-cross va répondre à cet impératif.
Préparation hivernale ? Simple folie ? Retour sur un OVNI du vélo.

Course cyclocross

Le cyclo-cross, l’ancienne école du vélo

L’histoire commence sur des chemins de terre, ou plutôt de boue, quand le temps se fait capricieux. Un groupe de courageux montant leur machine dans la terre en tournant en rond sur un circuit. Jusque là, le lecteur se surprendra à imaginer que les lignes qui vont suivre traiteront de VTT.
Il s’agit pourtant du frère ingrat, ce cousin étrange de la route qu’est le cyclo-cross.

Le cyclo-cross, c’est l’ancienne école du vélo.

Emmanuel Magnien, ancien cyclocrossman

Voilà qui pourrait être un début d’explication à cette discipline symbole de souffrance.


Le cyclo-cross : formation express

Car le cyclo-cross, c’est avant tout le vélo de la débrouille, celui qui teste vos limites autant physiques que techniques. Ce que la boue, les montées et descentes incessantes vous apprennent, vous ne l’oubliez jamais.
Originalement une préparation hivernale pour les routiers, le cyclo-cross s’est peu à peu émancipé de son cousin germain.

La raison ? Les qualités du cyclocrossman se développent principalement sur la souplesse, la puissance et la réactivité, permettant ainsi de se transformer en coureur complet, ou de favoriser la résistance.

Ce qui plaît ? Peut-être ce plaisir un peu étrange de la souffrance et de ces courses « à-la-dure ». Est-ce la chance de pouvoir être couvert de crasse à l’arrivée ? Ou surtout, la technique apprise sur les circuits qui ne s’oublie pas et formant des « routiers » aux talents multiples ?
Il n’est en effet pas rare de voir d’anciens cyclo-crossmen éviter les pièges d’un Paris-Roubaix, briller sur les monts pavés du Ronde, mener grand train en montagne ou dévaler des descentes de cols à une vitesse affolante.

Le cyclo-cross : une fabrique de champions ?

Pourtant, la discipline semble souffrir d’un manque de médiatisation.
Le vélo a toujours et continue encore de rimer avec Tour, Roubaix ou Liège. Le manque d’investissement des sponsors et même des fédérations est criant. Le cyclo-cross est flanqué de l’étiquette « amateurisme » qui lui colle à la peau et « cyclisme d’antan », ceux des kermesses, ayant comme unique sponsor le supermarché du coin. Pourtant, tout cela est loin d’être un défaut. Cela pourrait même être une force, au vu de la tournure du cyclisme sur route.
La discipline peut se targuer de séduire, notamment chez les jeunes et très jeunes. Il n’est pas rare de voir plus d’une centaines d’enfants se démener sur les circuits de leur village.

En France, par exemple, le cyclo-cross a regorgé de bons, voire d’excellents coureurs. Au premier rang, Francis Mourey, peut-être même le porte-drapeau du cyclisme français. On ne compte plus ses titres de champion de France (9 en 12 ans !), ses victoires de prestige (Trévise, Namur…), podiums et ses nombreux accessits, faisant de lui une fierté du cyclo-cross tricolore.
Et que dire de Dominique Arnould, Steve Chainel, John Gadret, Pauline Ferrand-Prévot, Laurence Leboucher pour les plus jeunes spectateurs, du grand André Dufraisse et Roger Rondeaux pour les plus vieux ? Etonnant paradoxe que de voir la discipline mise à l’écart alors que les tricolores ont déjà brillé au niveau international !

Au niveau mondial, le cas n’est d’ailleurs pas isolé, exception faite peut-être de la Belgique et des Pays-Bas.
Parmi les porte-paroles du cyclo-cross ayant connus une carrière mondiale brillante sur route ? Roger de Vlaeminck, Adrie Van der Poel, Zdenek Stybar, Marianne Vos, voire Peter Sagan et Julian Alaphilippe, qui sont les exemples à suivre pour les générations futures. Ces grands champions aux multiples médailles internationales ont réussi à prouver que le cyclo-cross n’est pas qu’une discipline de préparation hivernale mais bien une fabrique à champions.

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Un avenir radieux, mais aussi difficile

Le futur de la discipline est loin d’être en suspens mais la question mérite d’être posée. Qu’offrir aux jeunes qui découvrent le cyclo-cross ? La promesse d’une lutte pour la reconnaissance, d’une carrière peu médiatisée, l’apprentissage du « métier » ? Ce qui semble bien maigre.
Il n’y a qu’à voir la légende vivante Sven Nys. Le belge a déjà tout gagné et ses victoires sont bien loin d’atteindre le niveau de popularité d’un Chris Froome. Même si nous avons cité plus haut les coureurs étant passés avec succès sur la route, ceux-ci restent peu nombreux et le pont que les équipes tentent désespérément de bâtir entre les deux disciplines est bien mince.

Le schéma sur route de l’UCI (World Tour, Conti pro, Conti) empêche également le développement du cyclo-cross. En effet, y’a-t-il une place pour les cyclo-crossmen dans un effectif déjà réduit ? La réponse est souvent non, à l’exception des équipes belges. Il n’y a pas la place pour les guerriers de la boue, les sponsors ne le permettent pas.

Le cyclo-cross reste donc cantonné au niveau continental. Premièrement à cause du règlement UCI (autorisation de coureurs supplémentaires pour les « non-routiers »), et deuxièmement grâce à (ou « à cause » selon les points de vue !) à la liberté qu’offrent les sponsors conti.

Finalement, le cyclo-cross reste et restera (probablement) cette superbe fête populaire hivernale, prisée par les amateurs, coureurs comme spectateurs, bravant le froid et la pluie en attendant que la morne saison s’achève.

Les routes de Coxyde, de Namur ou de Zolder resteront le rêve de ces jeunes passionnés de vélo. Elles sont les cousines de l’Enfer du Nord, font écho à la popularité d’un Ronde, et sont aimées comme un Tro-Bro Léon, dans le milieu intriguant des amateurs d’ornières et de terre boueuse.
Le vélo d’antan qui fait rêver en somme.

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