Le cyclisme britannique : de zéro à héros (1/2)

God Save the Vélo !

 

Avant son irrésistible ascension, le cyclisme britannique n’avait pas vraiment son nom en haut de l’affiche.
À vrai dire, il y avait bien eu les Tom Simpson, Robert Millar ou Graeme Obree. Les suiveurs les plus pointus du cyclisme britannique pourront quant à eux citer l’équipe ANC-Halfords, invitée sur le Tour de France 1987.
30 ans après cette date, la situation a bien changé : Sky remporte son 5e Tour de France avec Christopher Froome, sujet de la Reine.

Comment passe-t-on des pionniers Simpson ou Obree (et son vélo construit avec des pièces de machine à laver !) à l’une des toutes meilleures nations du cyclisme mondial ? Et le tout en deux décennies ?
Quel engouement pour le cyclisme de ce coté de la Manche ? Comment s’est bâti ce nouvel empire britannique et comment compte-t’il le rester ?


Les pionniers

 

Avant toute chose,  il faut savoir que l’impossible développement du cyclisme britannique résulte d’une bizarrerie. Contrairement à ses voisins, il ne parvient pas à se développer pendant toute la première partie du XXe siècle. La faute à une drôle d’idée émanant du National Cyclists’ Union (NCU), responsable d’avoir banni purement et simplement la possibilité de rouler avec son vélo sur la route.
Une interdiction surprenante qui va durer près de 70 ans, entre 1890 et 1959. Dès lors, difficile de promettre un entraînement décent à tous les aspirants cyclistes du début du siècle.

À une époque où le cyclisme européen s’organise ou s’affirme (une course comme le Tour de France a déjà plus de 50 ans !),
le Royaume-Uni reste à l’âge de pierre.

Tout commence à l’initiative d’un certain Percy Stallard. Le natif de Wolverhampton, pratiquant coriace, devient le premier à s’élever publiquement contre l’interdiction de pratiquer son sport sur des routes publiques.
En 1942, son entêtement l’amène à organiser une course entre Lllangollen et Wolverhampton. Une décision lourde de conséquences qui le voit lui et ses adversaires exclus à vie par la NCU.
Mais Stallard ne rompt pas. Il est à l’origine de la British League of Racing Cyclists afin de faire concurrence à son ennemi juré : la NCU. L’année suivante, la Ligue organise alors le premier championnat de Grande-Bretagne sur route puis envoie une délégation à la Course de la Paix, la plus célèbre course amateur, en 1952. Enfin, en 1955, la toute première équipe britannique est invitée sur le Tour de France.
La rancœur de Stallard envers la NCU dure ainsi jusqu’en 1959. Enfin, épuisée cette rivalité, la BLRC écarte son créateur et fusionne avec la NCU afin de créer la British Cycling Federation.

 

Une longue de errance de près de 40 ans

 

Si la création de la fédération marque le véritable acte de naissance du cyclisme britannique, la Grande-Bretagne va rester un acteur mineur du peloton pendant presque 40 ans. Rares sont les coureurs britanniques à percer au très haut niveau, si bien que l’on peut les compter sur les doigts d’une main.
Le premier, Tom Simpson, n’est plus à présenter. Il devient le premier britannique à remporter un Monument du cyclisme en 1961 avec le Tour des Flandres, puis le premier à endosser le maillot jaune du Tour, remporter Milan-San Remo, le Tour de Lombardie (et le seul d’ailleurs), Paris-Nice, et surtout, les championnats du monde sur route. Le coureur de chez Peugeot a donc montré la voie à plus d’un titre.
Chez les femmes, la légendaire Beryl Burton excelle. Double championne du monde, écrasant tout sur le territoire anglais, elle se voit même offrir une invitation sur le Chrono des Nations masculins en 1967, une performance suffisamment rare pour être soulignée.

Pourtant, ces superbes performances n’arrivent pas à captiver le public. À une époque où le football est roi et les guitares britanniques résonnent dans le monde entier, le vélo reste à quai. Une absence de considération qui peut alors changer en 1974.

 

Le fiasco de 1974

 

Tour de France 1974 Plymouth

Le programme de l’étape de Plymouth en 1974

Au crépuscule du règne du Roi Eddy, le Tour de France s’en va au delà de la Manche, le temps d’une virée sur la côte. C’est à Plymouth que les anglais vont découvrir la démesure de la plus grande course du monde.
Pour les organisateurs du Tour, l’intérêt est double : 1) Développer l’image du Tour outre-Manche et… 2) Promouvoir la ligne de Ferry Roscoff-Plymouth qui vient d’ouvrir depuis un an.
Pas de petits profits.

Pour l’Angleterre l’enjeu est également important. L’étape de Plymouth est l’occasion de populariser le cyclisme à la maison, il s’agit de ne pas la gâcher.
Ce sera tout le contraire.

Premièrement,  la faute à un tracé pour le moins étonnant. On choisit d’éviter soigneusement les petites montées autour de Dartmoor qui auraient pu rendre l’étape attrayante, au profit de l’A38…une rocade bien plate ! Difficile de trouver un public, déjà peu initié, intéressé par des lignes droites.
Deuxièmement, quand l’étape aurait pu en rester à un simple sprint massif et être oubliée, les autorités vont décider de rendre la journée encore plus mauvaise pour les coureurs. Les services d’immigration font traîner le retour en France de l’ensemble du peloton…comme ils l’avaient déjà fait à l’aller.

 


 

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Les années 90: un cyclisme britannique sans avenir ?

 

Conséquence de ce fiasco, le Tour et son image ne reviendront pas sur le territoire britannique avant vingt longues années, en 1994, cette fois-ci pour deux jours. Et encore, il faudra un autre évènement autour de la Manche pour le faire revenir : l’ouverture de l’EuroTunnel !

Vingt années terribles pour le cyclisme britannique. Outre les solides performances de l’écossais Robert Millar, le vide est total sur la route.
Au milieu des années 80, le cyclisme professionnel opère une transition. Progressivement, le sport rentre dans une nouvelle ère et efface son caractère « amateur » avec la médiatisation accentuée du cyclisme. Cette décennie permet au petit monde du vélo de placer les pays anglophones sur une carte : Australie, Irlande, Etats-Unis… Avec des coureurs tels que LeMond, Anderson, Hampsten, Roche, Kelly etc., la langue anglaise s’impose petit à petit dans le peloton, comme elle s’est imposée à travers le monde. Pour les organisateurs d’un grand nombre de courses, c’est une bénédiction : recherche de nouveaux capitaux, diffuseurs, internationalisation du cyclisme… Une aubaine.
Une petite révolution à laquelle la Grande-Bretagne ne participe pas. Pour le moment.

 

Les caisses vides de British Cycling

Le début des années 90 voit des résultats encourageants pour les cyclistes britanniques.
Chris Boardman tout d’abord. L’écossais parvenant à remporter le titre olympique en poursuite individuelle aux JO de Barcelone en 1992, 16 ans après le bronze de la poursuite par équipes à Munich. Puis Graeme Obree, battant le record de l’heure par deux fois en 1993 et 1994 et devenant par la suite double champion du monde de poursuite. Enfin, Sean Yates, qui portera également le maillot jaune en 1994.
Côté organisation, le Tour de France fait donc étape pendant deux jours en Angleterre en 1994, et Manchester se dote d’un vélodrome olympique dans l’optique de sa candidature aux J0 2000.
Le ciel semble enfin s’éclaircir, mais ces résultats cachent un problème majeur : British Cycling n’a plus un sou. Elle ne peut même plus payée une facture de £130,000 d’électricité et de gaz pour le vélodrome de Manchester, celui-là même devant assurer son futur !

Alors que le résultat des JO d’Atlanta restent plutôt encourageant (deux bronzes en ligne et au contre-la-montre, mais un zéro pointé sur piste), une autre compétition va exposer les dysfonctionnements du cyclisme britannique. L’anecdote est d’autant plus savoureuse qu’elle concerne Chris Hoy, l’un des cyclistes les plus médaillés de l’histoire des Jeux Olympiques.

En 1996, Hoy est un jeune espoir anglais de 20 ans, qui ne s’était pas vraiment prédestiné à la piste mais au BMX. Il faut dire que la future légende s’est mis au vélo après visionné E.T. à l’age de six ans, et que notre extraterrestre préféré n’était pas vraiment adepte du keirin. Pourtant, le voilà à Moscou pour le Championnat d’Europe sur piste espoir. Une compétition qu’il ne prépare d’ailleurs pas dans les meilleures conditions. A l’époque, sa fédération est si endettée qu’elle n’envoie aucun officiel afin d’aider les coureurs. Hoy et deux autres participants vont donc voyager par leur propre moyen avec leur propre vélo et roues, le tout avec des maillots dont ils devront prendre le plus grand soin… puisqu’ils devront les rendre à la fin pour qu’ils soient utilisés dans une autre compétition !

*

Plus rien ne fonctionne, les caisses sont vides. Et avec le cyclisme, c’est également tout le sport britannique qui est en remis en question. Les JO d’Atlanta ont été catastrophiques. Une quinzaine de médailles (une seule en or !) comme la Biélorussie, et une anecdotique 36e place au classement des nations.

Credit Photo: PA Wire

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